Essai sur les problèmes actuels de l'Eglise. Juridiction des Evêques

 

 

 

 


 [G1]Essai sur les problèmes actuels de l’Eglise

 

Chers amis,

 

        Vous n’êtes pas sans savoir que l’Eglise du Christ subit actuellement une éclipse. Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre son Eglise. Nous devons donc garder toujours l’Espérance en sa Divine Miséricorde et essayer de sortir de cette éclipse.

      Depuis quelques années les moyens de sortir de cette crise me paraissent clairs, autant que je puisse en juger ; aussi je vous les livre en toute simplicité.

      Pour sortir d’un doute deux manières différentes sont à envisager et ce sera le mélange des deux qui apportera la lumière. La première consiste à partir d’en haut pour aller vers le bas, la seconde à partir d’en bas pour remonter vers le haut. Je m’explique : la première est la contemplation divine (du haut vers le bas), la seconde la science divine (du bas vers le haut). Si l’on s’adonne uniquement à la contemplation sans avoir pour base la science divine il est à craindre que le démon, sous l’apparence d’un ange de lumière, ne vienne à nous parquer dans une voie de garage par quelques fausses spiritualités. À l’inverse, si l’on ne s’en tient qu’aux forces humaines en cherchant des solutions dans quelques livres de théologie sans nous adonner à la contemplation, il est fort probable que le démon ne s’organise pour nous faire passer tout notre temps dans les bibliothèques, nous enfermer dans une accumulation stérile de connaissances et arrive ainsi à nous aveugler par excès d’informations. Utilisons donc notre Foi pour contempler Dieu---qui Il est, comment Il agit, comment Il peut résoudre les difficultés actuelles. Et utilisons notre Raison pour décortiquer les problèmes en toute logique et trouver ainsi la Lumière.

I. La Contemplation

        Dieu est « Un et Trine » un seul Dieu en trois personnes : Père, Fils et Saint-Esprit. Les trois Personnes ont une même substance. Les théologiens ont l’habitude d’attribuer au Père la gouvernance, au Fils l’enseignement, au Saint-Esprit la sanctification. Mais comme en Dieu il y a une même substance quand le Père gouverne, le Fils gouverne avec Lui par sa Sagesse et le Saint-Esprit gouverne avec Lui par son Amour. Quand le Fils enseigne, le Père enseigne avec Lui par son Autorité et le St Esprit enseigne avec Lui par l’Amour qu’il inspire à son enseignement. Quand le Saint-Esprit sanctifie, le Père sanctifie avec Lui par sa propre Sainteté infinie et le Fils sanctifie avec Lui par sa grande Œuvre de Rédemption. 

      Dieu a créé le monde pour sa gloire. Si Dieu a créé le monde, le monde est un reflet de Dieu. Si Dieu le Père a créé le monde, Dieu le Fils l’a établi par sa Sagesse et Dieu le Saint-Esprit l’a vivifié, lui a donné vie par son Amour. Quand Dieu a créé le monde les trois personnes étaient présentes et ont agi ensemble dans une même action commune à des postes différents.

      Dieu a créé son Eglise. L’Eglise de Dieu est donc nécessairement à l’image de Dieu. Elle est donc dotée d’une Autorité incontestable qui lui vient du Père, d’une Sagesse infaillible qui lui vient du Fils, d’un Amour inviolable qui lui vient du Saint-Esprit. Quand Dieu a créé son Eglise, les trois personnes étaient présentes et ont agi ensemble dans une même action commune. La Foi nous enseigne que l’Eglise du Christ est dotée de quatre notes à savoir : Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

       Elle est Une parce que Dieu est Un en sa Substance, elle est une parce qu’elle est le reflet de son unicité. Elle n’est dotée que d’une seule Autorité qui s’étend à tout, que d’un seul Enseignement qui se répand en tout lieu et qui nous apprend ce qu’est la Vérité et n’est dotée que d’un seul Amour qui se diffuse en toutes les âmes qui le reçoivent, et qui frappe à toutes les portes. Cet Amour se diffuse sur toute la création.       

      Elle est Sainte parce que Dieu est Saint, Le Père est Saint, le Fils est Saint, le Saint Esprit est Saint. Elle est dotée d’une Autorité Sainte pour gouverner qui lui vient du Père, qui lui a été transmise par le Fils, qui lui a été confirmé par le Saint-Esprit. Elle est dotée d’un Enseignement Saint qui vient du Père, que le Fils nous a apporté par un langage humain, que le Saint-Esprit lui rappelle chaque jour. Elle est dotée d’un Amour Saint pour la sanctification de nos âmes qui vient du Père des miséricordes, qui nous a été montré par le Fils quand son Cœur fut transpercé sur la croix et qui nous est diffusé par son Saint-Esprit, lui-même procédant du Père et du Fils, selon ce que nous enseigne le symbole de St Athanase (mort le 2 mai 373, bien avant Charlemagne et le schisme oriental).

      Elle est catholique, c’est-à-dire universelle parce que Dieu est présent partout, parce qu’elle s’adresse à tous. Elle est catholique dans son Autorité qui s’étend sur tout et que signifie la tiare que portent les papes. Le pape ayant une autorité directe et universelle sur tous les fidèles. Elle est catholique dans son Enseignement en matière de Foi et de Mœurs. Elle est catholique dans son Amour qui veut se répandre sur les riches et les pauvres, sur les malades et les bien portants, sur tous les différents peuples de la terre. Elle est apostolique, c’est-à-dire fondée sur les Apôtres.

     Elle est apostolique dans son Autorité qui réside donc dans le Collège des Évêques, successeurs des Apôtres, ayant le Pape pour chef, lui-même successeur de l’Apôtre Pierre. Elle est apostolique dans son Enseignement car ce sont les Évêques qui transmettent l’enseignement de l’Eglise et cet enseignement doit être confirmé par le Pape. L’infaillibilité du collège des Évêques, réuni en concile œcuménique, lui vient de l’infaillibilité de son chef, le Pape. Elle est apostolique dans sa Sanctification par tous les sacrements identiques qui sont sources de grâces et de sainteté et qui sont distribués par les Évêques successeurs des apôtres. Les Évêques, princes de l’Eglise, sont une image vivante et agissante de la Sainte Trinité. Durant la cérémonie de leur sacre ils reçoivent une crosse comme signe visible de leur pouvoir de gouverner, une mitre comme signe visible de leur pouvoir d’enseigner, un anneau comme signe visible de leur pouvoir de sanctifier. Ces trois pouvoirs doivent être distingués mais pas séparés, comme en Dieu les personnes sont distinctes mais pas séparées. En Dieu les Personnes Divines agissent toujours ensemble.

      Quand un Evêque pose un acte de gouvernement il enseigne à la fois par l’exemple qu’il donne, il sanctifie tout autant sa propre personne si cet acte de gouvernement est conforme à la Volonté Divine, il sanctifie aussi le prochain dans les bonnes conséquences que son acte de gouvernement aura de bon sur la volonté des autres.

       Quand un Evêque enseigne il pose en même temps un acte de gouvernement dans les conséquences de son enseignement, il dirige les intelligences, il sanctifie tout autant, car la science est mère des vertus comme l’ignorance est mère des vices.

        Quand un Evêque donne un sacrement pour répandre les grâces et sanctifier les âmes il pose en même temps un acte de gouvernement en augmentant le nombres des baptisés ou le nombre de prêtres qu’il a ordonnés, il développe en même temps ses capacités d’enseignement en augmentant le nombre de prêtres qui seront ses relayeurs ou ses haut-parleurs de son enseignement. Ceci pour dire que la distinction entre pouvoir de juridiction de gouverner et pouvoir de juridiction d’enseigner et de sanctifier (pouvoir d’ordre) est réelle mais ne doit pas être absolutisée pour ne pas séparer les divers pouvoirs.

      Si nous appliquions cette petite contemplation à la situation de l’Eglise post Vatican II nous verrions que : La doctrine du ‘’concile Vatican II’’ pèche gravement dans son Enseignement : Liberté Religieuse, Œcuménisme etc… Les fruits de sanctification du ‘’concile Vatican II’’ sont désastreux : perte de la Foi avec perte de la pratique religieuse etc… L’autorité de gouvernement des Évêques issus du concile Vatican II dépend de la catholicité de leur enseignement et de la validité du rite qu’ils ont reçu à leur consécration. Aussi, il semble difficile de ne pas constater de graves défaillances dans l’exercice des pouvoirs de gouvernement, d’enseignement et de sanctification chez ceux qui professent les doctrines issues de Vatican II. Ainsi, il convient de poser une hypothèse crédible selon laquelle cette Eglise de Vatican II pourrait être atteinte dans l’exercice de sa juridiction. En effet, en perdant le pouvoir d’enseignement et en perdant le pouvoir de sanctification, il paraît raisonnable de s’interroger sur les conséquences que cela peut entraîner quant au pouvoir de gouverner. Les trois pouvoirs, comme vu précédemment, ne peuvent être totalement dissociés. De telles considérations doivent néanmoins être replacées dans le cadre de l’indéfectibilité de l’Eglise, laquelle ne peut être totalement privée de juridiction.

    Ces pouvoirs demeurant ainsi dans les Evêques qui ont gardé la Foi catholique.

     Une fois cette constatation faite, la question qui se pose est : qui peut dire que celui-ci n’est plus catholique, que celui-là l’est toujours, car en définitive, c’est le Pape qui est gardien de la Foi et que l’Eglise n’ayant plus de vrai Pape depuis Vatican II, la question mérite d’être posée ?

     La réponse à cette question est simple. L’Église n’a peut-être plus de Pape, vu les faits objectifs commis par l’église conciliaire, mais elle conserve des ֤ Évêques qui ont gardé la Foi par leur refus du concile Vatican II. C’est donc sur ces Evêques que repose le poids de trouver la solution pour retrouver un vrai Pape. Ces Evêques ont-ils juridiction ou pas ? C’est à ce moment que, dans notre contemplation, le sujet de l’Origine du pouvoir des Évêques se pose. De fait ce sujet a été débattu dans la Sainte Église sans avoir jamais été tranché d’une manière Ex Cathedra par un Pape ou un Concile œcuménique uni à un Pape. Plusieurs thèses s’opposent :

Thèse 1 : La juridiction de l’Évêque vient directement de Dieu lors de sa consécration et cette juridiction possède deux notes essentielles à savoir qu’elle s’étend sur l’Eglise universelle et est soumise à celle du Pape dont la juridiction prime et qui peut la restreindre ou l’élargir à sa guise.

Thèse 2 : Les Évêques reçoivent une double juridiction, ou deux juridictions distinctes l’une soumise à l’autre. L’une venant directement de Dieu qui s’étend sur l’Église universelle. L’autre venant directement du Pape et qui s’étend à telle partie du troupeau c’est-à-dire de tel diocèse ou sur telle fonction etc… selon le bon désir du Pape. La Juridiction universelle de l’Évêque étant soumise à la juridiction du Pape.

Thèse 3 : La Juridiction de l’Evêque vient directement du Pape et celui-ci lui donne les notes qu’il désire et donc cette juridiction vient indirectement de Dieu.

     Pour trouver qu’elle est la thèse la plus conforme à la Volonté de Dieu ayons recours à la seconde manière de sortir du doute c’est-à-dire utilisons la Science divine et le raisonnement pour trouver la lumière.

 

II La Science Divine et le Raisonnement

 

En utilisant le manuel de Théologie classique de l’Abbé Tanquerey édition 1942, ‘‘ Nil obstat et Imprimatur’’ de 1937 au Paragraphe sur l’Origine de la Juridiction page 662-664 nous trouvons ceci : -- Certes Tanquerey n’est pas un Père de l’Église, ni un théologien qui nous explique le sens des Écritures avec l’autorité d’un saint canonisé, mais il était néanmoins reconnu et enseigné dans tous les séminaires catholiques d’avant Vatican II. Or l’Abbé Tanquerey nous dit que cette question a été depuis longtemps débattue mais n’a pas encore reçu de solution puisqu’elle n’a pas obtenu un consentement unanime des théologiens. Pendant le concile de Trente la question a été âprement discutée (cf. Histoire du Concile de Trente de Pallavicini ; Van Noort, Billot, etc..) Deux thèses principales s’affrontent (Les thèses1 et 2 de cet article étant à peu près similaires). Soit le pouvoir de juridiction de l’Evêque vient directement de Dieu mais celui-ci est soumis au Pape (thèse 1) ou l’Evêque reçoit un pouvoir directement de Dieu et un autre directement du Pape (thèse 2) soit il vient directement du Pape (thèse 3). Pour ceux qui tiennent de l’origine divine on trouve : François de Victoria (+ 1549), Alph. De Castro, Vasquez, les Galicans, etc… ; Pour ceux qui tiennent de l’origine papale uniquement on trouve : St Thomas, St Bonaventure, St Alphonse, Suarez, St Bellarmin, etc…C’est ce que dit l’Abbé Tanquerey. Mais pour ceux qui nous enseignent qu’un concile œcuménique a le pouvoir d’élire un Pape en cas de vacance du Siège Apostolique et qui ont bien sûr étudié la question on trouve en autres St Robert Bellarmin, Cajetan, St Alphonse de Liguori, etc… Sans entrer dans le détail des arguments des uns et des autres voici quelques réflexions sur le sujet :

     1) Si dans le langage commun catholique on parle de primauté de juridiction du Pape, la juridiction du Pape prime sur la juridiction de l’Évêque, cela suppose deux juridictions différentes car le verbe primer est un verbe transitif qui demande un complément d’objet direct.

     2) Nous professons dans le Credo : ‘‘Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique’’, cette apostolicité concernant en premier lieu saint Pierre et ses successeurs, mais aussi les autres Apôtres et leurs successeurs.

     3) Avant de monter au ciel Notre Seigneur Jésus-Christ s’adresse à l’ensemble de ses Apôtres, certes soumis à St Pierre comme étant leur chef, mais à l’ensemble des Apôtres et non pas au seul St Pierre : « Allez donc, enseignez toutes les nations et baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit Matt XXVIII, 19 » - Allez : je vous donne à tous le pouvoir de gouverner. – Enseignez toutes les nations : je vous donne, à tous, le pouvoir d’enseigner. – Baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : je vous donne, à tous, le pouvoir de sanctifier les peuples.

    4) Durant la Sainte Messe au début du Canon, le prêtre offre le sacrifice qu’il va accomplir, en premier lieu, pour ( : préposition en latin qui demande l’ablatif de destination) l’Eglise entière (sainte et catholique) puis en union avec le Pape, avec l’Evêque du lieu et tous les Evêques du monde entier. Donc d’abord pour l’Eglise entière, et de la manière suivante, en union avec ( préposition latine qui demande l’ablatif de manière), l’Eglise enseignante seulement, c’est-à-dire, en union avec votre serviteur notre Pape …, en union avec notre Evêque du diocèse…, avec (notre Roi …) et en union avec tous les Evêques du monde entier ( avec tous ceux qui ont la garde de la vraie foi catholique et apostolique ) autre traduction plus proche du latin : ( avec tous ceux qui ont la garde du culte de la foi orthodoxe, catholique et apostolique) Voici le texte latin : « In primis quae tibi offérimus pro Ecclésia tua sancta catholica : quam pacificare, custodire, adunare et regere digneris toto orbe terrarum : una cum famulo Papa nostro N…et Antistite nostro N… (et Rege nostro N…) et omnibus orthodoxis atque catholicae et apostolicae fidei cultoribus » . « Omnibus …Cultoribus » désigne uniquement tous les Evêques du monde entier. Le mot « culte », du latin cultus, du verbe colere, cultus, au sens de « honorer, adorer » a la même racine que le mot « cultiver » du latin médiéval, cultivare ; de cultus, participe passé du verbe latin « colere » au sens de « cultiver, s’occuper de ». L’Evêque est celui qui s’occupe de son troupeau, le bon pasteur, le cultivateur du champ du Seigneur, il fend le champ avec la charrue pour le faire fructifier, il émonde avec son couteau la vigne pour lui faire porter plus de fruit, dans l’ancien testament les victimes étaient sacrifiées avec le couteau. Il semble que les mots culte et couteau ont même racines. « Sacré » « Sacerdoce » signifient « ce qui est séparé de ce qui est profane… ». L’Évêque est donc le gardien du troupeau, le cultivateur du champ, le vigneron de la vigne, le gardien de la vrai Foi catholique et apostolique. Et Donc le Pape est le gardien des gardiens, celui qui confirme dans la vrai Foi les gardiens de la Foi. Et donc un Collège épiscopal sans Pape est comme un troupeau sans pasteur, un champ sans agriculteur, une vigne sans vigneron, une veuve sans son époux. Il y a plus de sens de comprendre que le prêtre va offrir le sacrifice de la Sainte Messe pour l’Eglise entière en union avec l’Eglise enseignante que de l’offrir pour l’Eglise entière en union avec l’Eglise entière. Nous pouvons donc donner pour bonne traduction : « Nous vous offrons d’abord pour votre sainte Eglise catholique : daigner, à travers le monde entier, lui donner la paix, la protéger, la rassembler dans l’unité et la gouverner, en union avec votre serviteur notre Pape …, avec notre Evêque…, (avec notre Roi…) et avec tous ceux qui ont la garde de la vraie foi catholique et apostolique ». Nous voyons ainsi que le prêtre est en union de prière non seulement avec le Pape et son Evêque diocésain mais aussi avec tous les Evêques du monde entier. Cela suggère une dépendance du prêtre non seulement envers le Pape et envers son propre Evêque mais aussi une ’’dépendance de charité’’ envers tous les Evêques du monde). C’est cette Charité qui oblige un Evêque d’aller au secours d’un autre Evêque qui se trouve dans le besoin. Cela suggère ainsi l’idée que chaque Evêque ait une juridiction sur l’Eglise universelle en tant que membre du collège épiscopal.

    Ces réflexions semblent faire pencher vers la thèse selon laquelle les Evêques ont une double juridiction, qu’ils en reçoivent donc, une directement de Dieu, l’autre directement du Pape. Cette question demeure toutefois discutée parmi les théologiens. De ces réflexions encore, si on les applique au moment actuel de l’Eglise on peut dire que les Evêques qui ont gardé la Foi, c’est-à-dire, pour délimiter les camps, ceux qui refusent les erreurs de Vatican II, ont premièrement une juridiction sur l’Eglise universelle, deuxièmement ont grâce d’état pour se réunir en ’’concile’’ réduit, puis élargi, puis universel. Ces assemblées sont préalablement nécessaires afin d’aplanir les différences de position qu’ils pourraient avoir entre eux. Alors, s’ils le jugent opportun, ils pourront procéder à une élection papale (la Papauté fait partie de la constitution de l’Eglise…).

    De ces réflexions encore, au sujet des sacres d’Evêques projetés dans quelques mois par la fraternité sacerdotale Saint-Pie X, on peut dire que, si cette même fraternité continue à enseigner quelle n’a pas de juridiction, une difficulté se présente quant à la signification de certains éléments de rite. En effet, lors de la porrection de la crosse, l’Évêque reçoit le « bâton de l’office pastoral » avec l’exhortation d’être « vigilant dans le gouvernement » (in gubernando sollicitus), ce qui manifeste clairement le lien entre la crosse et la charge de gouverner. Dès lors, si l’on affirme ne posséder aucune juridiction, il peut sembler difficile d’articuler cette affirmation avec la signification même du rite. Ne serait-ce pas plutôt que l’Evêque, sans exercer nécessairement une juridiction territoriale déterminée, possède néanmoins une certaine charge pastorale dont la théologie doit préciser les modalités ? La FSSPX objectera que l’orientation de la volute de la crosse vers l’intérieur permettra de signifier l’absence de juridiction, bien que lors des sacres de 1988 les volutes étaient tournées vers l’extérieur. En effet ce bâton pastoral de l’Evêque qui est l’image du bâton incurvé du berger permettant de ramener la brebis voit dans l’orientation de la crosse un signe de la juridiction territoriale, en distinguant selon que la volute est tournée vers l’extérieur ou vers l’intérieur. Selon l’usage traditionnel, la crosse est tenue volute vers l’extérieur dans le propre diocèse de l’Evêque, et vers l’intérieur lorsqu’il officie en dehors de celui-ci, pour signifier qu’il n’y exerce pas de juridiction territoriale. Cependant, cet usage relève du cérémonial et de la symbolique liturgique, et non du rite lui-même, lequel n’en fait aucune mention explicite1.Il paraît donc difficile d’en tirer un argument décisif quant à l’absence de toute juridiction. On peut dès lors comprendre que, même lorsqu’il n’exerce pas de juridiction territoriale propre, l’Evêque demeure ordonné au service de l’Eglise universelle par la charité qui le presse.

      J’espère que ces réflexions puissent aider les uns et les autres dans leur propre gouvernement, dans leur propre enseignement et dans leur propre sanctification.

Cordialement dans le Cœur Très Saint de Jésus, dans le Cœur Immaculé et Très douloureux de Marie et dans le Cœur Très Pur et Très Dévoué de Saint Joseph,

 

Semaine Sainte 2026

 

Père Guillaume-Marie Hecquard o.s.b.

 

1 Rituel de la porrection de la crosse Latin : Accipe baculum pastoralis officii, et sis in corrigendis vitiis saeviens, in judicando sine ira, in fovendo misericors, et in gubernando sollicitus. Traduction : Recevez le bâton pastoral, et soyez ferme pour corriger les vices, sans colère dans le jugement, miséricordieux pour soutenir, et vigilant dans le gouvernement. Source : Pontificale Romanum, De consecratione electi in Episcopum (édition typique traditionnelle).

La petite chapelle des Trois Avés était bien silencieuse en cette soirée d’octobre 2058. L’abbé Sanschagrin avait tenu à venir prier quelques temps en silence dans l’obscurité froide du lieu saint, devant le tabernacle qu’illuminait de temps à autre d’une lueur rougeâtre la flamme dansante de la lampe solitaire. Dehors, la pluie battait les petits vitraux qu’il avait achetés à grand prix. Le vent sifflait fort ce soir-là. Les branches agitées des grands arbres projetaient des ombres effrayantes dans la semi-obscurité de la Chapelle des Trois Avés. Mais l’abbé Sanschagrin ne pouvait manquer ce rendez-vous avec le Maître : c’est que demain il célèbrerait ses 30 années de prêtrise. 30 années de durs labeurs, à n’en pas douter, mais 30 années qui étaient si vite passées. Il serait bien resté dans la chaleur de son presbytère. Octobre n’était pas bien clément cette année-là. Mais il fallait venir.

 

Comment oublier ce jour d’octobre 2028? Ah, il avait bien changé, l’abbé Sanschagrin, depuis ce jour où il avait gravi pour la première fois les marches de l’autel dans cette même petite église! Mgr Duraud avait pris un ton solennel et grave. Comment faire le contraire? La joie de ce jour d’ordination était en effet mêlée d’une certaine tristesse. Depuis 70 ans ce jour-là, l’Église était privée d’un Souverain Pontife. Il y avait 70 ans, le Saint-Père s’était éteint. L’Église était en deuil. Et pourtant, déjà au Vatican, on s’empressait. Il fallait donner au Pontife des funérailles dignes d’une Église devant laquelle les vieillards se levaient et les jeunes gens gardaient le silence (Job, 29,8). Mais rien ne s’était passé comme on s’y attendait. On avait décidé qu’il fallait un aggiornamento… La nouvelle Église était entrée en scène. Les Catholiques étaient restés presqu’entièrement impassibles. L’ouragan qui s’abattait sur la chapelle des trois Avés rappelait au prêtre vieillissant ces longues années de tourmente. Ah, sans doute, le jeune prêtre était plus naïf que l’homme d’âge mûr qui, le visage dans ses mains, semblait faire partie des meubles de la petite église… 70 ans sans un vrai pape, ce n’était pas une mince affaire, mais comment ébranler l’enthousiasme d’un jeune prêtre? Sans aucun doute, la joie avait été au rendez-vous. L’abbé avait célébré sa première messe. Il y avait tenu : cette première messe, il la dirait Pro eligendo Summo Pontifice (pour l’élection d’un Souverain Pontife).

 

Mais en ce soir d’octobre 2058, l’abbé Sanschagrin n’avait pas le cœur à la fête. Demain, il faudrait bien le dire... Il ne pourrait tout de même pas passer sous silence un tel événement. Il avait beau étudier la façon de l’annoncer, aucune formule ne semblait appropriée. Faudrait-il prendre un ton solennel? « Aujourd’hui, mes très chers frères, il y a cent ans que Notre Mère la Sainte Église est privée d’un chef visible! » Non, ça n’allait pas. Peut-être fallait-il exprimer plus de tristesse? « Nous sommes aujourd’hui dans le deuil, mes frères bien-aimés! Nous célébrons avec une grande douleur les cent ans de la vacance du Siège. » Non, ça n’allait pas non plus… « Sainte Marie, comment trouver les mots? »

 

Mais comment en était-on arrivé là? Ce matin-là, quelques amis prêtres l’avaient visité. L’abbé Desrosiers avait évoqué l’intervention divine qui s’approchait. On ne pourrait pas rester indéfiniment dans cette situation. 100 ans! Ça ne pourrait pas durer beaucoup plus longtemps… L’abbé Datamin était moins affecté... La Thèse tenait toujours, disait-il. On avait d’ailleurs récemment précisé certains points litigieux et vraiment, rien ne pourrait ébranler ses convictions. Il est vrai que la récente nomination d’un pasteur protestant au poste de cardinal l’avait quelque peu surpris. Mais il fallait être patient. Le cardinal Shao donnait de vraies espérances et on pouvait déjà se réjouir à l’idée de l’impact qu’aurait sa conversion.

 

Serait-ce là ce qui attend les jeunes lévites qui monteront à l’autel en 2028, confrères bien-aimés? Nous approchons des 70 ans de vacance du Siège… Ce simple fait a de quoi nous laisser pantois. Cela n’est-il pas la preuve que nous sommes dans l’erreur, nous diront nos adversaires? Et pourtant, il faut bien le constater, rien ne va au Vatican. Le naturalisme, l’indifférentisme, le faux œcuménisme, tout cela est devant nos yeux quotidiennement. Ceux qui ont un pape seraient peut-être tentés en lisant cette histoire de faire des gorges chaudes à la pensée que nous aurons à annoncer un jour, jour qui s’approche, le premier centenaire de la vacance du Siège apostolique. Il est vrai qu’ils ont un pape à qui ils n’obéissent en rien, un personnage ne représentant plus qu’un symbole éteint, un personnage sur lequel il ne faut surtout pas régler sa Foi si on veut demeurer dans le droit chemin. Et pourtant il est difficile de ne pas comprendre leurs sarcasmes.

 

Mais une question s’impose à nous. Une question taboue, il est vrai. Une question interdite. Une question qui accuse celui qui la pose : et si Dieu attendait quelque chose de nous? N’a-t-il pas fondé son Église comme une société parfaite, ayant tous les moyens de poursuivre sur terre sa mission salvatrice? Atteindrons-nous, impassibles, cette date fatidique des cent ans de vacance du Siège de l’Église? Comment notre parole demeurera-t-elle crédible avec le temps qui passe? Ne sommes-nous pas l’Église du Christ, fermement établie sur le roc? Combien de temps aurons-nous à subir le joug des imposteurs? Combien de temps attendrons-nous la conversion des ennemis de Dieu? N’est-il pas temps que l’Église indéfectible du Christ se réunisse afin de porter remède à cette situation désastreuse? Dieu qui, au dire de certains, supplée la juridiction des modernistes afin qu’ils puissent au moins perpétuer la vacance du Siège de l’Église, n’aurait-il pas au minimum les mêmes dons pour le clergé demeuré fidèle à la Foi? « Toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » (Luc 15,31) Si la situation se poursuit, ne courons-nous pas le risque d’établir autant d’Églises autocéphales qu’il y a de membres du clergé sous le soleil? Pardonnez-moi de poser ces questions demeurées trop longtemps sans réponse…

 

Les jeunes prêtres qui seront ordonnés dans les prochaines années verront les cent ans de la vacance, si rien ne se produit. Nous attendons. Qu’attendons-nous au fait? Les uns attendent l’intervention divine. Et si l’intervention divine attendait les efforts des hommes? D’autres attendent la conversion des modernistes. Mais les hérétiques ont-ils jamais remédié aux maux de l’Église? De longues années s’écoulent. Les divisions se multiplient avec les années. Où est l’unité du Corps Mystique de Jésus-Christ? Le Christ n’a-t-il pas institué Son Église comme la cité sainte sur la montagne de ce monde? N’a-t-il pas institué une unité qui doit resplendir dans le monde entier, fondée sur la Chaire de Pierre? On nous l’affirme : rien ne peut être fait. Il faut attendre… Sans doute, des tentatives de résolution ont eu lieu ici et là dans le passé, tentatives qui n’ont pas tenu compte, nous semble-t-il, de l’universalité de l’Église. Cela signifie-t-il que nous devions tous ensemble demeurer passifs et assister impuissants à la dispersion des derniers membres du troupeau du Christ par les loups dévorants? Cela signifie-t-il que nous serons exemptés de toute faute lorsque nous nous présenterons devant le tribunal du Christ? « Maître, j'ai connu que vous êtes un homme dur, qui moissonnez où vous n'avez pas semé, et recueillez où vous n'avez pas répandu. J'ai eu peur, et je suis allé cacher votre talent dans la terre ; le voici, je vous rends ce qui est à vous. » (Matthieu, 25, 24-25)

 

L’abbé Sanschagrin descendait l’allée silencieuse. Ses pas résonnaient sur les dalles de pierre. La journée fatidique était passée. Il avait expliqué à l’assemblée silencieuse que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas contre l’Église. Et pourtant, son âme ne trouvait pas le repos. Les solutions proposées avaient laissé le Siège de l’Église vacant pendant cent ans… Dehors, la tempête continuait de faire rage. L’abbé Sanschagrin longeait les murs de pierre de l’Église des Trois Avés. Il faudrait bien attendre… Peut-être encore cent ans…

Avec ces mots insolites, je vous souhaite pourtant un Saint et Joyeux Noël! Rien ne peut-il vraiment être fait? C’est la question qui se pose à nous et c’est la question que je pose en toute simplicité. Si le Seigneur est né comme l’Homme-Dieu, ne devrait-il pas avoir donné à Son Église qui chemine sur terre des solutions à la fois divines et humaines?

 

Mgr Pierre Roy

 

Source: Vœux de Noël à mes frères évêques et prêtres. Mgr Pierre Roy. Site de "La Contrerévolution en marche".